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VOUS EN VOULEZ

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des rencontres spectaculaires !

Monsieur Fraize / actuellement à Paris.

Publié par Olivia Lefebvre sur 17 Mars 2017, 10:47am

Catégories : #Fraize, #Clown

Monsieur Fraize / actuellement à Paris.

ENTRETIEN

Avec Marc Fraize, le créateur de Monsieur Fraize.

Introduction : Olivia Lefebvre. Entretien mené par Olivia Lefebvre et Aurélien Saget.

 

 

"Monsieur Fraize, c’est un français moyen qui suit comme un mouton et qui croit bien faire ; mais il se prend les pieds dans le tapis sans s’en rendre compte", ainsi Marc Fraize présente-t-il son clown.

 

Silence. Derrière le pendrillon, un corps oscille entre l’envie d’entrer sur scène et la peur panique d’être capté par les regards. Rires. Monsieur Fraize écoute. Silence. A moitié caché, il auditionne son public. Rires.

Pour le Clown, le quatrième mur n’existe pas. C’est fondamental. Ce personnage ne demeure-t-il qu’au travers du regard du public ? Aurait-il une histoire ? Un passé ou un contexte ? "Monsieur Fraize est un enfant qui n’a pas eu l’occasion de grandir", nous dit Marc Fraize lors de notre entretien. Je souris. Je pense aux propos du Philosophe Alain "…dans tout sourire il y a de l’enfance ; c’est un oubli et un recommencement." Le clown est un art dans lequel on pratique la dé-construction des attitudes corporelles et le dé-formatage social. C’est un retour à la petite enfance, à cet âge où l’on dit oui à tout.

Sourires. Rires. Sourires en silence. Rires en profondeur, rires qui secouent l’estomac et son contenu "acheté en promotion chez Carrefour" comme dirait Monsieur Fraize.

Je pense à ma mère qui m'a transmis sa peur des supermarchés. Celle à qui j'ai donné mon premier sourire.

Silence. Monsieur Fraize détourne son micro en téléphone pour communiquer avec cette figure omniprésente : "allo ! Non, ne t'inquiète pas maman..." Comme il s'ennuie dans cette conversation, Monsieur Fraize n'hésite pas à raccrocher le téléphone pour ressaisir le public. Sourire à l'artiste.

Je suis au théâtre*, je suis à l'endroit d'où l'on regarde. Je ne suis pas sur scène, toute mon attention est portée vers l'artiste. Et cette énergie influence clairement ce qui se passe sur scène. L'équilibre est là. Je souris à Aurélien, qui est assis à côté de moi. Je pense à une question que nous pourrions poser lors notre entretien : quelle est la part d'improvisation pendant la représentation ?

Silence. Monsieur Fraize nous emmène faire les courses. Sourire. Il se meut dans la peau de la caissière qui se fait pincer le bras par son tapis roulant. Il donne des détails. Il y va de son corps. Rires encore. Ça doit faire mal. Un accident tragique de supermarché.

Et d'autres histoires nous parviennent de la vie de Monsieur Fraize. De ce personnage sur le fil qui se laisse guider autant qu'il nous manipule. Les rires pourraient grincer encore plus. Le silence pourrait se laisser pénétrer. Qu’y-a-t-il sous la grande-surface ?

Marc Fraize apparaît après les applaudissements. Il nous dit qu'on n'a pas tout vu. Une invitation à revenir un autre jour pour que Monsieur Fraize puisse exister de nouveau. Nous quittons la salle. Puis Aurélien et moi retrouvons Marc en coulisses...

 

 

OL : Vas-tu souvent au théâtre ?

MF : J’y vais volontiers dès que je le peux mais j’habite dans une campagne où il n’y a pas grand-chose et j’ai des enfants en bas-âge donc je sors moins qu’avant. Et puis quand j’ai du temps, un jour Off, je vais avoir tendance à fuir mon lieu de travail. Alors qu’il y a des spectacles supers… Fellag, c’est un mec que j’ai envie de revoir vite par exemple.

OL : Il parait que tu as travaillé ton personnage en tournant avec un café-théâtre ambulant, peux-tu nous en dire plus ?

MF : J’en avais marre de la ville, j’avais envie de m’installer à la campagne. Je suis parti en Saône-et-Loire et je me suis amusé à exporter le café-théâtre. Le gros avantage c’est qu’on pouvait jouer sans prétendre avoir une formation quelconque. Ca permet de travailler avec le public, sur scène car j’ai beaucoup de mal à travailler seul. Au début je faisais des sketches mais c’était rébarbatif, tout le temps les mêmes blagues. C’était très écrit : la phrase, la chute, etc. Ca fonctionnait très bien. Pour autant, c’est moi qui décide si c’est valable ou pas. Au final, ce n’est pas le public qui choisit, c’est moi qui décide. Et j’ai décidé : j’ai enlevé tous les sketches et j’ai gardé le petit présentateur là, celui qui est sur le fil… et j’ai appris à faire un spectacle sans sketch.

OL : Un théâtre qui va à la rencontre de ses spectateurs, ça change quelque-chose ?

MF : Dans ce contexte, la rencontre entre le public et monsieur Fraize ne s’est pas faite. Malgré tout, pour faire rire un public avec des intentions décalées, il faut qu’il ait des codes. A Paris, les gens sont ultra-éduqués et très difficiles à surprendre. Dans les villages de Saône-et-Loire, je faisais des tas de choses magiques pour que la rencontre opère mais j’ai dû arrêter car ça ne prenait pas. Monsieur Fraize est un personnage très « sur le fil », c’est 50% de moi.

AS : Si on vient revoir le spectacle, quelle est la part d’improvisation ?

MF : Sur cette forme de spectacle que je tiens depuis deux ans, il y a une trame pour laquelle je m’autorise une grande liberté. Par exemple ce soir, je n’ai pas fait plein de moments qui étaient prévus dans la trame parce que j’ai trainé sur d’autres. J’écoute le rythme de la soirée. Si j’ai envie que le début soit hyper-long, c’est possible, je rééquilibrerai par la suite. A chaque spectacle c’est une mayonnaise un peu différente. Et surtout avec un autre public ! Et ça c’est très important car c’est lui qui pousse monsieur Fraize à être un peu plus nerveux ou triste ou joyeux. Il encourage dans un sens ou un autre.

On n’a pas eu à lui poser la question, Marc c’est mis à parler de monsieur Fraize. Et dans sa voix, il y avait beaucoup d’amitié envers son clown :

MF : Monsieur Fraize, je connais son langage, sa grammaire, son corps… je commence à vraiment bien le connaître. C’est un mec attendrissant car il galère, il aimerait bien faire, mais il n’a pas les bons objectifs. C’est un enfant qui n’a pas eu l’occasion de grandir. L’écriture de ce personnage tient dans sa psychologie, pas dans le texte ou l’efficacité.

Monsieur Fraize c’est un « français moyen » qui suit comme un mouton et qui crois bien faire ; mais il se prend les pieds dans le tapis sans s’en rendre compte. C’est une victime dont la peur fait ressortir les défauts. Il a été trop couvé, il est crédule.

Mon clown peut mettre mal à l’aise car il manipule le public. Il y a des gens que ça dérange. Il y a aussi des spectateurs qui ne sont pas ouverts. Ils ne voient qu’un personnage débile et se disent qu’ils ne sont pas venus au théâtre pour voir ça. Ils ont des attentes et s’y accrochent au point qu’ils rejettent le personnage de Monsieur Fraize qui n’est pas venu pour balancer de la vanne. Monsieur Fraize va plus loin. On peut vraiment s’identifier à lui et ça c’est dérangeant pour certaines personnes. Le clown effraie parfois.

OL : Quels sont les clowns qui t’inspirent ?

MF : Les deux premiers clowns qui m’ont vraiment inspirés, je les découverts à la TV. C’était Devos et Coluche. On riait des mêmes choses avec mes parents quand j’étais gamin. Moi je ne me rendais même pas compte que j’étais complètement scotché au fauteuil par la gouaille de Coluche ou la poésie de Devos. Ils avaient cette capacité de faire rire les parents et les enfants ensemble. On était en communion avec mes parents à ce moment-là car on riait des mêmes choses grâce à la figure universelle du clown.

OL : Comment tu travailles ?

MF : Je ne me filme surtout pas pour travailler car je suis très complexé, même les vidéos lors de mon passage à l’émission « On ne demande qu’à en rire », j’ai beaucoup de mal à les regarder. Ça ne m’aide pas car je vois tout ce qui est mauvais, tout ce que j’ai raté. C’est comme écouter un répondeur c’est hyper désagréable. Ce n’est pas constructif, ca me démotive.

Aussi, je ne vais pas réviser la veille de mon spectacle même si je n’ai pas joué depuis un mois. Non, j’y vais libre, sans stress. C’est déjà assez stressant ce métier alors il faut savoir se rendre disponible… Les gens qui sont enfermé dans leur texte, ça m’effraie. Je pense que c’est dans le sens inverse qu’il peut arriver des choses intéressantes.

AS : Et ton costume ?

MF : J’ai choisi ce polo et le pantalon parce qu’ils me rappelaient les vêtements que ma mère me mettait quand j’étais gosse. Le clown est arrivé là-dessus par hasard. Je voulais faire couper un centimètre à mon pantalon et on me l’a rendu comme il est aujourd’hui. J’ai eu du mal à accepter. J’étais furieux contre la personne qui avait trop coupé mon pantalon car je n’ai pas de « spare » (sign. : tenue de rechange, double). Depuis « je vais aux fraises » (sign. : j’ai un pantalon trop court).

OL : Les tutos de Monsieur Fraize, quezaco ?

MF laisse son clown nous répondre : « Il faut que les gens sachent… C’est vraiment très important dans la vie de savoir passer l’éponge ! On m’a réclamé un tuto pour expliquer comment passer l’éponge sur une table ronde au lieu d’une table rectangle. J’ai encore beaucoup de travail ».

AS : Des projets pour la suite, un duo par exemple ?

MF : Le duo c’est un vieux fantasme. Mais je sculpte mon personnage depuis quinze ans et j’ai l’impression que c’est infini… Et ce n’est pas évident de trouver le bon partenaire. Je ne croise pas assez de monde, je ne suis pas assez dans le milieu du spectacle pour l’avoir encore rencontré. Mais ça pourra m’arriver…

Propos recueillis par Olivia Lefebvre et Aurélien Saget le 6 mars 2017.

*théâtre vient du grec "theatron" : <lieu> où l'on regarde.

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