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VOUS EN VOULEZ

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A bien y réfléchir... / 26000 couverts / en tournée

Publié par Olivia Lefebvre sur 23 Janvier 2017, 15:58pm

Catégories : #Pestacle !

Les 26000 sont de nouveau de passage à Paris. A ne pas rater !

Fin 2014, on vous parlait pour la première fois de la Cie 26000 couverts à travers son spectacle L'idéal Club. Découvrez leur nouvelle création.

Crédit : Christophe Reynaud de Lage

Crédit : Christophe Reynaud de Lage

A bien y réfléchir, et puisque vous soulevez la question, il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant. 

Vu le 31 mai à La Villette, Paris.

 

Dans la salle au sous-sol de la Grande Halle de la Villette. On arrive. Un lieu entre la salle de conférence et l’amphithéâtre. On oscille. Le décor est fait d’un canapé vert, ici une table, là un clavier de piano, une caméra par ici, un échafaudage au fond. On observe.  Un décor en construction. On voit. Des allées et venues en fond de scène. On constate. Des techniciens. Des comédiens. On pense. Un photographe. Une personne de la sécurité. On suppose. Mais qui est qui. Qui joue quoi. La représentation a débuté. On se demande.  Une femme en tailleur arrive pour présenter le spectacle. Nous allons assister à une répétition nous dit-on. Plus exactement une « sortie de résidence »[1]. On y apprend, non sans humour, les conditions dans lequel il a été créé et par là, le contexte, les missions attribuées au spectacle vivant, les financements, etc. Derrière, l’équipe est là sur le plateau. Prête à jouer. Ou du moins à se prêter à la sortie de résidence ou aussi appelé dans le jargon « sortie d’usine ». Quelle est-elle ?  La compagnie cette fois a travaillé sur la thématique de la mort. Un spectacle intitulé Mata qui se jouera en rue l’année prochaine. Les comédiens vont donc nous montrer des scènes qu’ils ont travaillées durant 15 jours. Pour l’heure, ils sont livrés à eux-mêmes, le metteur en scène n’est pas là. Il est retenu pour une « action culturelle »[2] à Tours. Le spectacle commence. On regarde.

Dès le début du spectacle A bien y réfléchir, on reconnait non sans mal, l’univers des 26000, un jeu perpétuel avec le réel et l’illusion et depuis quelques spectacles sur le processus de recherche au sein d’une compagnie, les 26000. Si dans leur précédent spectacle, le metteur en scène était parfois bousculé par l’équipe. Ici, les comédiens sont livrés à eux-mêmes, le metteur en scène n’est pas là. On retrouve ici une des caractéristiques des années 2000, le renouveau incontesté du collectif comme possible organisation dans le spectacle vivant. L’idée du collectif n’est certes pas nouvelle, puisqu’elle a toujours existé sous une forme ou une autre, en témoigne le travail de Shakespeare ou encore Molière, le Living Theater[3], etc.  L’originalité est ici de nous faire parvenir leur manière d’évoluer en « collectif » qui est si singulière et qui de manière plus générale, est propre à chaque collectif. Tout au long du spectacle, la bande à Philippe Nicolle, à l’origine du projet il y a plus de 20 ans, s’amuse, joue, réfléchisse sur les conventions théâtrales et les préjugés qui vont avec. Ici les figures tutélaires du théâtre au 20ème siècle, le metteur en scène et de l’auteur sont grotesques, moquées tout en étant interrogées.

La mort. Imaginer la mort. Un spectacle sur la mort. Voilà le nouveau défi de la compagnie des 26000 couverts. Ce continent inconnu. L’au-delà. Les sources de la fiction sont multiples. On imagine sans peine que chacun des membres de la compagnie a pu apporter son grain de sel à cette histoire. Cela va des morts les plus absurdes, à l’histoire de Jean-Jean, au règlement de compte mafieux, en passant par la mort d’un des acteurs, le parasol, etc. Des nouvelles, des billets d’humeurs, des histoires bêtes, des anecdotes, des citations (Karl Valentin[4] au passage, sur le travail des artistes), un enchevêtrement de récits écrit avec précision, entre subtil et franche déconnade, avec en toile de fond, les spectres de Shakespeare, Molière, Caldéron[5], etc.

La tentative de restitution de ces 15 jours de résidence va prendre des formes aussi aléatoires qu’inattendues. L’humour et l’énergie des 26000 nous font traverser sans peine, la tragédie (en alexandrins dans le texte), le spectacle pour enfant (sur le tri sélectif), l’opérette, le théâtre d’ombre, etc. On retrouve également la frontière très étroite entre théâtre et théâtre de rue des 26000 couverts. Ce qui leur donne cette possibilité de casser le 4ème mur, à chaque instant, d’être avec un public un temps, pour aussitôt nous plonger dans l’espace fictionnel. L’espace scénique quant à lui s’apparente à un décor en construction. La profondeur du champ nous évoque un instant le « fameux » couloir. Les jeux sur les hors-champs sont toujours évidemment très réussis. Cela nous évoque ce qu’on ne voit pas « l’au-delà ». La mise en scène est brillante, dense, maitrisée, millimétrée, calibrée pour ne laisser que peu de moment de répit au spectateur qui se voie emmener dans la magie du théâtre, la mise en abîme et l’illusion.

Le spectacle nous montre donc peut-être plus qu’une répétition publique mais toutes les répétitions. Les vraies. On ne sait pas. On ne sait plus. Qu’importe. Des répétions. Comme une actualisation de la pensée. Comme le processus d’une recherche plus juste, plus sincère et donc plus drôle.  Comme une actualisation aussi d’une page web, d’un direct sur Libé, flux RSS, ou autres réseaux sociaux. Comme une actualisation de l’événement que nous voudrions découvrir. Encore et toujours. Ou tout simplement. Comme une actualisation de la vie. Comme une actualisation du présent toujours en proie au passé. Une actualisation comme une illusion. Une illusion, des illusions que l’on retrouve dans le spectacle. Des effets pour nous permettre de voir. De mieux voir.  De voir que parler de la mort c’est probablement parler de la vie. Et parler de la mort au théâtre ne se fait pas sans vie.

Béranger Crain pour vousenvoulez.com


[1] Artiste en résidence : « artiste invité par une institution culturelle à séjourner en un lieu et pour une période donnée afin de réaliser une œuvre souvent liée à ce lieu »

[2] Les établissements culturels organisent plusieurs actions culturelles en direction de différents publics, qui peuvent être liés à un spectacle programmé ou à l’accueil d’artistes en résidence. L’action culturelle peut également prendre la forme d’ateliers artistiques, de rencontres ou interventions pédagogiques.

[3] Troupe de théâtre américaine née dans les années 1950

[4] De son vrai nom Valentin Ludwig Fey, est un cabarettiste, comédien, réalisateur et producteur de cinéma allemand (1882-1948)

[5] Pedro Calderón de la Barca de Henao y Riaño, poète et dramaturge espagnol (1600-1681)

 

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